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05/09/2009

L'encyclique sociale : un dossier de "La Nef"

 ...qui reçoit Caritas in veritate dans un esprit clair et loyal :


 

Huit jours après le dossier de L'Homme Nouveau (ici : note du 28/08), celui de La Nef  fait aussi un heureux effet. Voilà des intellectuels catholiques qui comprennent et respectent, quant à eux, l'analyse économique et sociale de Benoît XVI [1].

Ils la reçoivent dans tous ses aspects : y compris dans son potentiel révolutionnaire par rapport au chaos du monde actuel.

« C'est une encyclique en faveur des pays pauvres ou en voie de développement », indiquent Christophe Geffroy [2] et Jacques de Guillebon. Elle disqualifie l'occidentalocentrisme des conservateurs : « Benoît XVI est très peu complaisant avec un Occident bouffi de son importance autant que de ses possessions dont il fait trop souvent mauvais usage. »

L'encyclique est contestataire : elle voit la cause de la crise mondiale dans le système (économico-financier) de cupidité et d'irresponsabilité, mis en place à la fin du siècle dernier. C'est cet « utilitarisme sans précédent » (dit Pierre-Olivier Arduin) qui déforme les choix éthiques : d'où, à la fois, « les pratiques attentatoires à la vie humaine », les ravages infligés à l'environnement, les ravages de l'économie par la finance.

Qu'est-ce qui pourrait empêcher certains catholiques d'entrer dans le mouvement de pensée de Benoît XVI ? Leur attachement à eux-mêmes, c'est-à-dire à leurs opinions de milieu. « Les inconditionnels du libéralisme ne veulent pas comprendre pourquoi l'Eglise est contre ce système idéologique amoral, car ils amalgament le capitalisme financier tel qu'il s'est développé avec le principe de la libre initiative », constate Philippe Conte [3] (qui n'hésite pas à critiquer Jean-Yves Naudet, perpétuellement ramené en scène par les bien-pensants alors que ses faux-fuyants esquivent le monde économique réel). Philippe Conte ajoute : « A la question : ''est-ce à dire que le libéralisme a des penchants pervers ?'', le P. Samuel Rouvillois répondait : ''non, mais le libéralisme a une faiblesse, c'est qu'il présuppose les acteurs vertueux''. Profonde erreur ! Le présupposé, le postulat de base du système idéologique libéral est justement que l'homme est un égoïste ratiocineur ! Lorsque Mandeville écrit la fable des abeilles en 1714, son argument décisif est de démontrer que ce sont les vices privés qui forment le bien public, et qu'au contraire la vertu individuelle détruit la prospérité de la nation... Dans le même temps, Locke et Smith décrivaient la propriété ''privée'' comme la cause première de l'organisation sociale. C'est ce paradigme qui forme le centre de toute la doctrine libérale de la transparence et de l'autorégulation des marchés, de la ''main invisible'', de l'homo economicus purement rationnel. Il s'ensuit que la mise en cause de cet égoïsme foncier est tout simplement impossible sans sortir du capitalisme. Si l'on affirme que la recherche du bien commun, la justice ou la morale doivent être mises au centre de l'agir économique, ce que Benoit XVI nous invite de nouveau à faire dans sa dernière encyclique, on détruit en fait le coeur du système capitaliste... »

L'ensemble de l'article de Conte est à étudier, notamment ce qui vise les caractéristiques réelles de la société capitaliste : répartition très inégale des pouvoirs dans les entreprises, effacement de la responsabilité par le règne des actionnaires, rôle vicieux du système bancaire et de la réserve fractionnaire dans la course à la croissance indéfinie, etc.

Un simplet écrivait récemment que l'encyclique célébre « le développement », donc « condamne les écolo-sociaux partisans de la décroissance ». Ayons compassion envers lui ! Le « développement » que célèbre l'encyclique est « le développement intégral de l'homme ». Ce n'est pas le développement version matérialiste mercantile, partout régnant à l'heure actuelle. Mgr Alain Castet (évêque de Luçon depuis 2008) écrit dans le dossier de La Nef, à propos du § 21 de l'encyclique : « Pas de profit à n'importe quel prix humain, ni pour faire n'importe quoi. Le profit doit avoir pour but ultime le bien commun. » Sachant que la notion de bien commun est rejetée par le libéralisme, on voit que l'encyclique conduit à une révolution.


  

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[1] ...au lieu de la passer au filtre d'idéologies rances (à droite : libéralisme, xénophobie, écolophobie, etc ; à gauche : romanophobie, relativisme, etc). Certains, par exemple, ont été pris de convulsions à l'idée que le pape prônait une « véritable Autorité politique mondiale » (§ 67 de l'encyclique).

[2]  directeur de La Nef.

[3]  Extrait de l'article de P. Conte : « Pour réfréner ces ''dérives'' du capitalisme, il est de bon ton d'évoquer des '' règles de bonne conduite'', des '' codes de déontologie''. Le recours à la loi n'est évoqué qu'en dernier recours. Tout cela est très conforme aux postulats du libéralisme qui dénoncent le politique au sens large et l'Etat en particulier, comme un corps étranger dans le monde ''vrai '' du marché. Un mal nécessaire qu'il convient de circonscrire au maximum ». Les catho-libéraux (droite) font une lecture sélective-déformante de la doctrine sociale et de l'encyclique... Un seul remède à cela : étudier l'une et l'autre. -



 www.lanef.net 

Commentaires

DISPONIBLES

> C'est excellent parce que ça montre que la disponibilité à la parole sociale de l'Eglise n'est pas une question d'origines "intellectuelles" (droite ou gauche) de la part des catholiques, mais justement de... disponibilité. Peu importe qu'on soit abonné à La Nef ou à TC. Ce qui compte est de recevoir la parole de l'Eglise avec un esprit "clair et loyal" comme vous dites.

Écrit par : Nepomuk, | 05/09/2009

INTENTION PURE

> Oui, Nepomuk, mais être clair et loyal veut dire s'occuper de questions catholiques avec une intention pure, non être agents de partis ou de groupuscules politiques en milieu catho ! Hélas ça existe à gauche et à droite.

Écrit par : amélien, | 05/09/2009

IMPOSSIBLES

> Le pire est que les gens les plus déformateurs de la pensée du pape, se revendiquent ses plus fidèles supporters. Impossible de leur faire admettre qu'ils déforment ! Ils sont tellement sur des rails politiques, tellement haineux envers "la gauche" et les non-libéraux, que pour eux le parti-pris de droite est au dessus de toute critique, inséparable du catholicisme.
Dès qu'ils tombent sur un commentaire qui ne va pas dans leur sens, ils crient au manque de charité (envers eux, bien entendu). Si on leur montre les textes du pape qui contredisent leurs théories, cela ne semble pas les atteindre, et même ils vous accusent de vouloir "diviser les catholiques" ! C'est consternant. Se réveilleront-ils un jour ?

Écrit par : Jean-François, | 05/09/2009

LA NEF

> Je recommande la lecture de La Nef à tout le monde. C'est à mon sens le journal catholique "grand public" le plus pertinent (et j'en connais un grand éventail...), à tous points de vue : rigueur doctrinale et questions d'aujourd'hui pour demain, loin de toute nostalgie, écrit par de jeunes "pointures", laïcs comme religieux. La référence.

Écrit par : PMalo, | 05/09/2009

DU BEAU BOULOT

> Je ne suis pas du tout d'obédience tradi ; pourtant, j'apprécie énormément la Nef. Beaucoup d'objectivité et de mesure. J'ai souvenir d'un dossier sur la FM, remarquable, dans du point de vue de l'exhaustivité que de la justesse de l'analyse. Du beau boulot, c'est clair.

Écrit par : Feld, | 05/09/2009

DEFORMATION

> Et si en plus, en reprenant certains commentaires, les décroissants se mettent à faire une lecture libérale de l'encyclique, on est mal.
Lu dans le numéro de septembre de La Décroissance :
"Encyclaque
Pour le quotidien La Croix (7-7-2009): "Le pape ne condamne pas le capitalisme en tant que tel. Benoît XVI souligne en substance que le marché, la finance ou la mondialisation ne sont pas en eux-mêmes un bien ou un mal : tout dépend de ce que les hommes en font. Le pape prend même à demi-mot ses distances à l'égard des partisans de la décroissance économique : "L'idée d'un monde sans développement traduit une défiance à l'égard de l'homme et de Dieu". Ce pape a un drôle de Dieu."

Écrit par : Feld, | 06/09/2009

LES RAMOLLOS

> Le journaliste de La Croix a-t-il lu l'encyclique ? Apparemment pas. Il ne sait pas qu'elle contient de quoi faire exploser l'idéologie capitaliste libérale. Il l'interprète comme les ramollos relativistes des Semaines sociales, tendance sociale-libérale bradant la DSE : genre CFDT/CFTC ravies d'aller aux garden-parties du Medef. Ce qui est odieux, c'est que ces cathos en peau de lapin désinforment les gens de La Décroissance, qui n'ont pas lu non plus l'encyclique et croient la Croix ! Tout ça n'a qu'un sens : fuir le plus loin possible de la foi pleine et entière, pour montrer qu'on est "moderne".

Écrit par : Girolamo, | 06/09/2009

BIEN-PENSANCE

> Nul doute que les cathophobes de droite et de gauche vont s'emparer de cette fausse interprétation pour la retourner contre l'Eglise. Une fois de plus, la bien-pensance aura sévi. Non seulement ces chrétiens ne suivent pas les encycliques, mais ils les déforment. Sans doute y a-t-il à leurs yeux des choses plus importantes que le christianisme, aurait dit le regretté Frossard.

Écrit par : Renaud Gelbweiss, | 06/09/2009

DU MAL À LE CROIRE

> J'ai du mal à croire que La Croix ait pu mutiler le message de l'encyclique. Il faudrait être complètement tordu pour ne pas y voir ce que n'importe quel lecteur peut y voir : un appel à changer la nature profonde du système !

Écrit par : Nati, | 06/09/2009

PAS UNE INVENTION

> La lecture anti-décroissance de l'encyclique qui est faite par La Croix n'est pas une invention : c'est l'interprétation qui a été donnée explicitement lors de la présentation du document papal à la presse à la conférence des évêques (j'y étais, comme PDP...). Le passage en question de l'encyclique est par ailleurs très faible et témoigne au mieux d'une méconnaissance de ce thème par ceux qui l'ont rédigée.
J.A.

( De PP à JA - Pas d'accord avec vous sur la "faiblesse" dudit passage. L'encyclique plaide pour un changement de paradigme économique radical et objectivement antilibéral - si l'on prend au sérieux les idées exprimées ; replacé dans ce contexte, le passage prend son véritable sens. Il n'est "faible" que si on l'interprète - ainsi que toute l'encyclique - à la manière des Naudet-Chalmin & C°. Luttons contre cette interprétation-castration, qui est inadmissible.]

Cette réponse s'adresse au commentaire

Écrit par : J.A. | 07/09/2009

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